
Pour le plus beau jour de votre vie, on pourrait croire que vous allez vous mettre sur votre 31. Et bien, la conception du chic à l'hôpital, c'est une culotte jetable en filet de coton, enfilée sur une serviette hygiénique pour éléphant. Le tout recouvert d'une très seyante blouse blanche, ouverte à l'arrière... Pour qu'on voie la culotte, sans doute.
Après ce changement de tenue pour Mon Amour, nous avons rejoint la chambre que nous occuperions le matin. Ensuite, pour le moment de l'accouchement, nous irions dans la plus grande chambre du service, seule pièce assez grande pour caser, en toute intimité : les deux infirmières accoucheuses, les deux gynécos, les deux pédiatres, les stagiaires, l'anesthésiste, la parturiente (Ah, les termes médicaux, quel romantisme) et le futur père affolé (mais tentant de maintenir une apparence calme).
Le travail sans péridurale a alors commencé. Avant d'avoir droit à la piqûre magique, le col doit être suffisamment ouvert (avoir atteint environ 3 cm, si je me souviens bien). On impose cette contrainte pour être sûr que le travail a bien commencé pour de bon. En attendant, il faut souffrir. Heureusement, la kiné prénatale nous avait bien préparés. En fait, je pense que l'essentiel n'est pas ce que vous faites pendant le travail, mais que vous ayiez quelque chose à faire. Il doit être insupportable d'attendre la prochaine contraction en n'ayant pas l'impression de pouvoir agir pour réduire la douleur.
Pour nous, ça a pris la forme suivante : Mon Amour était assis sur un gros ballon en caoutchouc, les jambes largement écartées, et au moment de la contraction, elle s'accrochait à mes épaules, moi qui était debout devant elle, les pieds entre les siens. A ce moment, j'essayais de me redresser autant que possible, pour l'étendre, et ainsi, comme dit notre très baba cool kiné, "ouvrir la porte de vie". Avantage supplémentaire, j'avais aussi quelque chose à faire et Mon Amour n'avait pas l'impression d'être seule. Physiquement, ces quatre ou cinq heures de travail sans péridurale furent la partie la plus difficile de l'accouchement. Surtout pour Mon Amour, évidemment. Pour moi, hormis quelques crampes au dos c'était une promenade de santé ... Enfin quand j'arrivais à oublier que ma vie allait changer pour toujours. Et plutôt deux fois qu'une.
